· Camille Rouvier

Colliers de dressage interdits : ce que dit la loi française

un cocker assis dans une entrée, portant le collier plat Nomouf en cuir rouge et sa plaque en laiton
Depuis le 3 juillet 2025, un arrêté interdit aux professionnels du chien — éducateurs, pensions, éleveurs, refuges — d’utiliser et d’enseigner les colliers étrangleurs sans boucle d’arrêt, électriques ou à pointes. Aucune loi ne vise encore les particuliers : le texte voté par les députés en 2023 attend toujours au Sénat.

Le sujet charrie des références approximatives, dont une « loi de novembre 2023 » citée partout et qui n’a jamais existé. Cet article s’en tient aux textes qu’on peut ouvrir : ce qui est interdit, depuis quand, pour qui — et ce qu’on met autour du cou de son chien à la place.

Ce qui est interdit, et depuis quand

Le texte qui fait foi est l’arrêté du 19 juin 2025, publié au Journal officiel le 2 juillet 2025 et applicable dès le lendemain. Son article 14 interdit aux professionnels des activités liées aux animaux de compagnie l’usage et l’enseignement de tout dispositif piquant, électrique ou étrangleur sans boucle d’arrêt.

Le texte en vigueur n’est pas une loi mais un arrêté du 19 juin 2025, « fixant les règles sanitaires et de protection animale auxquelles doivent satisfaire les activités liées aux animaux de compagnie d’espèces domestiques ». Il a été publié au Journal officiel le 2 juillet 2025 et s’applique depuis le 3 juillet 2025.

Son article 14 pose la règle en une phrase : « l’utilisation et l’enseignement de méthodes et outils de nature à infliger aux animaux des blessures, des souffrances, de la douleur, du stress ou de la peur est interdite, dont notamment tout dispositif piquant, électrique ou étrangleur sans boucle d’arrêt ». Seule exception réservée par le texte : la perche de capture, qui ne concerne pas la promenade.

Le champ d’application est celui des activités déclarées du Code rural, articles L214-6-1 et suivants : élevage, vente, garde, pension, éducation, dressage, refuges, fourrières. Concrètement, un éducateur canin ne peut plus poser un collier électrique sur votre chien, ni vous montrer comment vous en servir. Une pension ne peut pas en utiliser un pendant votre absence.

Deux verbes comptent dans cette phrase : utiliser, mais aussi enseigner. Un professionnel qui formerait ses clients à ces outils sans les employer lui-même tombe sous le même texte.

La « loi de 2023 » qu’on cite partout n’a jamais été votée

On lit souvent qu’une loi de novembre 2023 interdit ces colliers pour tout le monde. Vérification faite sur Légifrance : aucune loi de cette date ne porte sur les colliers. Le texte réel a été adopté par l’Assemblée nationale en janvier 2023, transmis au Sénat, et n’y a jamais été examiné.

L’erreur est massivement recopiée, alors disons-le net. Une prétendue « loi du 7 novembre 2023 » interdisant les colliers étrangleurs, électriques et à pointes circule sur de nombreuses pages, parfois avec un numéro — « 2023-1032 ». Nous avons fait la vérification sur Légifrance avant de publier : aucune loi ne correspond à ce numéro ni à cette date. Le seul texte immatriculé 2023-1032 est un décret du 9 novembre 2023… sur les forages miniers.

Voici la chronologie réelle. Une proposition de loi visant à interdire ces colliers a bien été déposée fin 2022, puis adoptée par l’Assemblée nationale le 16 janvier 2023, par 111 voix contre 5. Elle prévoyait d’interdire l’usage de ces dispositifs sur les chiens et les chats, pour tout le monde cette fois, particuliers compris. Transmise au Sénat le jour même — dossier législatif n° 243 (2022-2023) — elle n’a jamais été inscrite à l’ordre du jour depuis.

Une proposition votée par une seule chambre n’est pas une loi ; une loi qui n’existe pas ne peut pas avoir de décret d’application. Au 20 août 2026, il n’y a donc ni loi, ni décret à attendre sur ce fondement — c’est pour sortir de cette impasse que l’interdiction est passée par un arrêté, côté professionnels.

Les trois colliers visés

L’article 14 nomme trois familles : le dispositif étrangleur sans boucle d’arrêt, qui se resserre sans butée quand l’animal tire ; le dispositif piquant, dont les pointes portent sur le cou ; le dispositif électrique, qui envoie une impulsion déclenchée à distance ou par l’aboiement. Les trois agissent par l’inconfort.

Le collier étrangleur sans boucle d’arrêt est une chaîne ou une sangle coulissante : quand le chien tire, elle se resserre, et rien ne limite le serrage. C’est l’absence de butée qui le définit — et qui le distingue des modèles à boucle d’arrêt, dont il sera question plus bas.

Le collier à pointes porte des picots orientés vers l’intérieur. La traction les fait porter sur le cou. C’est le « dispositif piquant » de l’arrêté.

Le collier électrique délivre une impulsion, déclenchée par une télécommande ou par la vibration d’un aboiement selon les modèles. Vendu comme outil de dressage ou d’anti-aboiement, c’est le « dispositif électrique » du même article.

Le point commun des trois : ils associent un comportement à une sensation désagréable pour le faire cesser. C’est ce principe, plus que tel ou tel matériel, que l’article 14 écarte des pratiques professionnelles.

Ce que ça change pour un particulier

Aucun texte n’interdit aujourd’hui à un particulier d’acheter ou de détenir ces colliers : l’arrêté vise les activités professionnelles. Restent deux réalités : le socle général du Code rural sur les mauvais traitements, et le fait que tout professionnel à qui vous confiez votre chien travaille désormais sans ces outils.

Disons-le précisément : l’arrêté du 19 juin 2025 ne s’applique pas aux particuliers. Rien n’interdit aujourd’hui à un propriétaire d’acheter un collier électrique en rayon, et en écrire l’inverse serait faux.

Trois éléments dessinent pourtant le cadre réel. D’abord, le socle général : l’article L214-3 du Code rural interdit d’exercer des mauvais traitements envers les animaux domestiques. Un usage qui blesse ou fait souffrir un chien peut tomber sous ce texte, collier ou pas.

Ensuite, la frontière professionnelle : dès que votre chien passe entre les mains d’un éducateur, d’une pension ou d’un dresseur, l’article 14 s’applique à eux. Un professionnel qui vous proposerait un collier électrique en séance travaille désormais hors des règles de son activité.

Enfin, la direction du droit : le texte voté par les députés en 2023 étendait l’interdiction à tous, et il reste juridiquement sur la table du Sénat. Nous ne prédirons pas de calendrier — celui qui l’annonce l’invente.

Ce qui reste autorisé

Le collier plat à boucle, le collier coulissant muni d’une boucle d’arrêt et le harnais ne figurent pas dans la liste de l’article 14. La règle générale demeure pour tout matériel : rien de ce qui blesse ou fait peur. Pour le duo collier-harnais, chacun a son rôle, et ils se combinent.

La liste de l’article 14 est courte, et tout ce qui n’y figure pas reste permis — sous la règle générale, qui vaut pour tout matériel mal employé. Trois équipements couvrent l’essentiel des besoins.

Le collier plat, d’abord : une sangle de largeur constante, une boucle à ardillon, un anneau pour la laisse et la médaille. Il ne se resserre pas, quelle que soit la traction. C’est le collier de tous les jours, celui qui porte l’identification.

macro de la boucle à ardillon en laiton du collier en cuir, l’anneau porte-laisse en arrière-plan

Le collier coulissant à boucle d’arrêt ensuite, parfois dit semi-étrangleur : la butée limite le serrage à une valeur fixée. L’arrêté ne vise que les dispositifs « sans boucle d’arrêt » — la présence de la butée fait donc la différence entre l’outil interdit aux professionnels et celui qui ne l’est pas. On le croise surtout sur des chiens qui reculent du collier, les lévriers notamment.

Le harnais enfin, qui déplace la traction du cou vers le poitrail. Il ne remplace pas le collier — il ne porte pas l’identification et se retire à la maison — et le choix entre les deux n’est pas un duel : notre guide collier ou harnais détaille ce que chacun fait, et pourquoi la plupart des chiens portent les deux.

Par quoi remplacer : le collier plat, bien réglé

Un collier coercitif qui part au placard se remplace par un collier plat ajusté : la sangle à plat sur le cou, deux doigts glissés dessous, ni plus ni moins. Trop lâche, il tourne et s’accroche ; trop serré, il frotte. Le réglage se revérifie au fil des saisons et du poil.

Si vous retirez un étrangleur ou un collier à pointes, le remplacement matériel est simple : un collier plat, à la bonne taille. Le nôtre est un collier en cuir à boucle classique, avec une plaque rivetée à plat sur la sangle pour graver un nom et un numéro — sans breloque qui pend, rien qui accroche.

deux doigts glissés à plat entre le cou du chien et la sangle du collier en cuir rouge, pour contrôler le réglage

Le réglage fait la moitié du confort. La règle tient en un geste : collier posé, deux doigts à plat doivent passer entre la sangle et le cou. Au-delà, le collier tourne, la plaque part sous la gorge et le chien peut s’en défaire en reculant. En deçà, la sangle frotte. Notre guide sur le tour de cou et la taille donne la méthode de mesure complète, y compris pour un chiot qui grandit.

Et puisque le collier plat est celui qui reste au cou toute la journée, autant qu’il serve à ce qu’il fait de mieux : porter un numéro lisible. La puce reste l’identification qui fait foi — obligatoire au-delà de quatre mois — mais elle demande un lecteur ; une gravure se lit sur le trottoir, par le premier passant venu.

L’éducation qui remplace la contrainte

Le collier n’éduque pas, dans un sens comme dans l’autre : retirer l’outil coercitif ne suffit pas, il faut apprendre autre chose au chien. Pour la traction, la méthode arrêt-reprise fait le travail que l’étrangleur prétendait faire : elle rend la laisse tendue inutile, au lieu de la rendre désagréable.

Reste la question qui faisait vendre les colliers coercitifs : que faire d’un chien qui tire ? La réponse conforme à l’arrêté — souvenez-vous, il interdit aussi d’enseigner ces méthodes — est celle que les éducateurs pratiquent désormais : travailler sur ce que le chien apprend, pas sur ce qu’il subit.

Un chien tire parce que tirer fonctionne : la traction le fait avancer. La méthode arrêt-reprise supprime ce résultat — on s’arrête dès que la laisse se tend, on repart dès qu’elle se détend — et récompense la position que l’on veut revoir, l’épaule à hauteur de jambe. Elle demande de la constance plutôt que du matériel : une laisse de longueur fixe, un collier ou un harnais bien réglé, et les mêmes règles à chaque sortie.

Pour un chien puissant, la question de la sécurité du maître se traite par la prise en main et la position du corps, pas par le cou du chien : notre guide sur le gros chien qui tire fort couvre ce cas particulier.

Ce chemin construit un chien qui marche en laisse détendue parce qu’il l’a appris — un résultat qui reste, y compris le jour où le collier change.

Ce qu’il faut retenir

Interdiction réelle et datée pour les professionnels : article 14 de l’arrêté du 19 juin 2025, applicable depuis le 3 juillet 2025. Pas de loi pour les particuliers à ce jour, le texte de 2023 étant resté au Sénat. Le quotidien du chien, lui, se joue sur un collier plat ajusté et une éducation constante.

Étrangleur sans boucle d’arrêt, pointes, électrique : interdits d’usage et d’enseignement chez tous les professionnels du chien depuis le 3 juillet 2025. Pour les particuliers, aucune interdiction spécifique à ce jour — le texte de 2023 n’a jamais franchi le Sénat, et le décret qu’on vous annonce parfois n’existe pas davantage que la loi. Ce qui ne change pas : un collier plat bien réglé, un numéro lisible dessus, et une méthode qui apprend au lieu de contraindre.

Sources : arrêté du 19 juin 2025 fixant les règles sanitaires et de protection animale applicables aux activités liées aux animaux de compagnie (NOR AGRG2517621A, JO du 2 juillet 2025), article 14 · Code rural et de la pêche maritime, articles L214-3 et L214-6-1 · Assemblée nationale, proposition de loi adoptée le 16 janvier 2023 ; Sénat, dossier législatif n° 243 (2022-2023). Vérifié sur Légifrance le 20 août 2026.

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Camille Rouvier

Camille Rouvier · Responsable produit chez Nomouf

Camille suit la gamme Nomouf : le choix des coloris et des matières, les cotes publiées pour chaque taille, et la relecture du texte de gravure avant sa transmission à l’atelier.

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